Ce que j’aurai aimé savoir avant de m’expatrier

Lorsque notre quotidien nous devient trop morose, il est agréable de s’imaginer s’exiler pour une vie meilleure loin de nos problèmes, et j’ai moi-même franchie ce cas il y a quelques années pour aller travailler en Italie.

Le fait de partir vivre dans ce pays m’a amené à développer tout un imaginaire sur ce que ma vie allait devenir. Ce départ étant voulu depuis longtemps, ma vision du futur était remplie d’expectatives sur ce que devrait m’apporter mon nouvel environnement, de manière parfois assez naïve… Mais j’avais oublié qu’il ne faut pas avoir d’attentes trop ambitieuses sur l’aspect curatif d’une expatriation. Si le changement peut-être positif il n’est en rien miraculeux et s’accompagne généralement de challenges exténuants. Petit bilan sur ce que j’aurai aimé savoir avant de partir vivre à l’étranger.

Un départ ne résout pas tes problèmes…il les déplace

J’ai toujours eu très peu de confiance en moi. A l’école, j’ai toujours été une bonne élève sans jamais être la meilleure et avec quelques difficultés notamment dans l’apprentissage des langues. Je pensais que le fait de partir vivre en Italie et pratiquer régulièrement l’italien et l’anglais me guérirait de ce complexe et que j’en reviendrais plus sûre de mes capacités. Si je suis fière d’être devenue bilingue en italien et de savoir me faire comprendre aisément en anglais, je souffre toujours du même sentiment de médiocrité à mon égard. La raison en est toute simple, le diagnostic était erroné : ce n’est pas en accumulant les compétences qu’on guérit d’un problème d’estime personnel mais en réussissant à s’aimer quelque-soit ce que l’on a accompli. Ainsi, si votre départ à l’étranger a pour objectif l’acquisition de quelques compétences, il est important de vérifier d’abord que leur acquisition est réellement ce que vous voulez ou si c’est uniquement un besoin qui cache un problème plus important. Pour ma part, je me suis rendue compte que quelques soit l’endroit où j’irais vivre et mes accomplissements professionnelles, ce n’est qu’en commençant à apprécier la personne que je suis déjà que je saurais me sentir heureuse.

Tout quitter veut aussi dire tout recommencer

Si le départ à l’étranger peut être lié à une envie de changement, il faut réaliser que ce changement n’est pas un processus continu d’amélioration de sa condition de vie et qu’il passe très souvent par un retour en arrière. Pour ma part, lorsque je suis arrivée sur mon lieu de travail en Italie, j’ai dû repartir de zéro et tout reconstruire : ne connaissant personne j’ai dû me faire de nouveaux ami.e.s, apprendre une nouvelle langue, me familiariser avec la ville, la nourriture, le climat… Bref à tout. Mais j’ai surtout dû accepter une péjoration de mon mode de vie sur l’aspect financier. Quittant un emploi de fonctionnaire pour un stage rémunéré à 800 euros par mois, j’ai dû laisser un peu de mon confort de vie de côté. Fini l’appartement spacieux et calme, bonjour la colocation avec 4 étudiants fêtards et peu regardant sur le ménage. Il n’est pas facile de se remettre à calculer lorsque l’on va au supermarché ou de se rendre compte que partir en vacances est un rêve inatteignable.

Se reconstruire une légitimité professionnelle

Si je m’étais un peu préparée à ce changement au niveau personnel, je l’étais moins quant à ce que cela impliquerait sur l’aspect professionnel. Bien que je savais que la barrière de la langue serait une difficulté, je n’avais pas réalisé que toute la légitimé que j’avais pu construire en France aurait disparue et que je devrais la rebâtir, avec la barrière culturelle comme difficulté supplémentaire. En effet, si j’étais habituée à ce que mon avis soit entendu lorsque je m’exprimais au travail en France, il n’en était pas de même dans un environnement inconnu dont je ne connaissais rien. Auparavant responsable d’un Point Information Communal dans la banlieue lyonnaise, j’avais en charge la gestion de projets événementiels, ce qui m’a amené à être l’interlocutrice référent de multiples partenaires et à porter la responsabilité du bon déroulement des actions de mon service. Devant théoriquement assurer la charge d’assistante en gestion de projets européens dans mon nouvel emploi, j’ai tout d’abord été l’étrangère à qui on confit à peine l’écriture d’un mail pendant les premiers jours, ce qui a été une épreuve plus dure à affronter que ce que je pensais. Si je savais qu’il ne serait pas réaliste d’attendre que l’on me confit de grandes responsabilités quand je ne connaissais encore même pas la langue, je ne me m’étais pas rendue compte que je serais traitée avec aussi peu de considération qu’une enfant balbutiant ces premières paroles. Convaincre et avoir l’air sûre de son idée dans une langue que tu ne maîtrises pas est quelque chose de particulièrement compliqué et cette expérience m’a permis de me rendre compte à quel point la connaissance du langage et des codes cultures conditions le champ des possibles d’une personne, en particulier dans le monde du travail.

Changer, pour perdre son identité ?

Une expérience à l’étranger te change, cela tout le monde s’y attend plus ou moins. Pourtant, j’ai observé des changements chez moi si inattendus que je n’arrivais plus à me reconnaître. En partant, je me suis dit que j’allais devenir plus indépendante, plus entreprenante, plus forte. Mais qui aurait cru que je serais devenue plus sensible ? Alors que j’étais une personne qui ne pleurait quasiment jamais, je suis maintenant capable de laisser couler mes larmes devant une vidéo de chaton qui apprend à marcher. Le plus étonnant (et traumatisant) fut mon expérience au travail ou, face à la pression, il n’a pas était rare que je fonde en larmes face à mes supérieur.e.s ou collègues stupéfait.e.s. Moi qui me croyais dure et qui pensais que cette expérience ne ferait que renforcer ce trait de caractère qui me colle à la peau depuis mon enfance, j’ai découvert une autre personne, fragile, émotive, qu’il m’est encore compliqué à apprivoiser.  Changer son environnement vous transforme mais vous devez savoir que cela peut faire ressortir des côtés que vous ne soupçonniez pas exister.

En conclusion : ça vaut la peine ?

J’ai abordé dans cet article les aspects les plus difficiles que j’ai du affronter en partant de la France mais ça ne signifie en aucun cas que ça ne vaille pas la peine ! Je pense au contraire qu’il est extrêmement enrichissant pour en apprendre sur soi et s’étonner soi-même de se confronter à ce type de challenge. Je conseillerais seulement avant de sauter le pas de préférer un moment ou se sent assez énergique et enthousiaste pour affronter ces changements.

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